Patrimoine canadien

4 Le bénévolat, l'expérience professionnelle et la formation

Ceux qui sont à la recherche d'un emploi rémunéré, les jeunes plus particulièrement, se heurtent souvent à des obstacles, car les employeurs désirent recruter des gens d'expérience. Et, bien entendu, pour acquérir de l'expérience, il leur faut d'abord trouver du travail.

Les activités de bénévolat mentionnées dans un curriculum vitae étaient autrefois considérées comme une preuve de civisme et non comme des antécédents professionnels valables, la notion étant que le travail bénévole était accessoire, superflu et non essentiel. Maintenant que le bénévolat a pris un nouveau visage et que les bénévoles interviennent dans des activités plus variées et complexes, cette notion change. L'ensemble de la population et le secteur privé reconnaissent maintenant qu'il faut tenir compte du bénévolat dans l'évaluation des compétences, de la formation et de l'expérience d'un candidat à un poste.

De plus en plus souvent, les formulaires de demande d'emploi prévoient expressément un espace où indiquer toute expérience acquise dans le secteur bénévole; dans bien des cas, cette expérience est placée sur le même pied que les activités professionnelles rémunérées. De fait, le travail bénévole indiqué dans le curriculum vitae d'une personne peut souvent se révéler un facteur déterminant de l'acceptation ou du rejet de ses demandes d'inscription à des collèges ou universités ainsi que de ses demandes d'emploi, particulièrement si les autres candidats possèdent des qualifications semblables.

Les conditions dans le secteur bénévole peuvent être tout aussi rigoureuses et exigeantes que les conditions dans le secteur privé. Le bénévolat offre l'occasion d'acquérir une véritable expérience de travail, une bonne et solide formation, ainsi que la possibilité d'innover et d'expérimenter de façons qui sont souvent irréalisables sur le marché du travail proprement dit. Les compétences polyvalentes qui sont mises à contribution dans le cadre du bénévolat peuvent normalement être appliquées à des tâches spécifiques, de façon telle que l'organisme, sa clientèle et le bénévole en tirent profit. Mais cela n'est pas le fruit du hasard.

Pour que le bénévolat puisse offrir une expérience et une formation valables, il convient de respecter les critères suivants :

  • choisir les placements d'une façon sérieuse et judicieuse;
  • énoncer les tâches clairement; les organismes et les bénévoles doivent bien s'entendre sur leurs attentes, responsabilités et droits respectifs;
  • interviewer convenablement les bénévoles et leur trouver un placement approprié; il faut les orienter vers un organisme;
  • fournir aux bénévoles la formation dont ils ont besoin pour s'acquitter de leurs tâches; ils doivent pouvoir compter sur l'encadrement et le soutien d'un responsable qualifié, et recevoir régulièrement des évaluations et des commentaires sur leur travail;
  • offrir aux bénévoles, dans la mesure du possible, la possibilité de diversifier leurs activités ou de modifier leur rôle en vue d'acquérir de nouvelles compétences et d'élargir leurs horizons.

En investissant des ressources dans la formation des bénévoles, les organismes montrent qu'ils apprécient véritablement leur apport et ils s'assurent que leur mission est bien remplie. C'est une façon de reconnaître le travail des bénévoles et de les remercier, en les aidant en même temps à atteindre leurs objectifs de carrière.

Le bénévolat et la réorientation professionnelle

Le monde évolue, tout comme certains métiers et professions. Aussi bon nombre de personnes qui ont perdu leur emploi et qui s'en cherchent un nouveau doivent-elles affronter une difficulté de plus. Beaucoup envisagent d'ailleurs une carrière et du travail tout à fait différents. C'est également le cas pour bon nombre de personnes qui ont toujours un emploi mais qui souhaitent se réorienter et pour ceux qui réintègrent le marché du travail après une période d'absence. Le bénévolat offre des possibilités aux uns comme aux autres.

Le bénévolat a depuis toujours offert l'occasion de faire autre chose que ce que l'on fait au «bureau» toute la journée, ou toute la soirée dans certains cas. Les comptables de jour deviennent des conducteurs bénévoles durant le week-end, les chauffeurs de camion enseignent la natation, les clercs d'avocats rédigent des bulletins de nouvelles, les ouvriers d'usine se transforment en membres de conseils d'administration. Ce qui a changé, c'est le nombre de gens qui cherchent une occupation différente non seulement pour meubler leurs loisirs, mais aussi pour remplir leur vie ou les années de travail rémunéré qu'il leur reste.

Le bénévolat donne au gens l'occasion de mesurer leurs intérêts, de faire de nouvelles expériences et de découvrir si un domaine de travail leur convient ou les intéresse véritablement avant de changer de voie et de s'engager à des années d'études et à d'importantes dépenses. Un teneur de livres peut travailler pour un service d'écoute téléphonique et voir ainsi s'il a les aptitudes et les attitudes voulues pour devenir un conseiller ou un travailleur social. Une infirmière peut travailler comme bénévole dans une garderie pour mesurer son intérêt pour l'éducation de jeunes enfants, et ainsi de suite.

Le bénévolat a aussi beaucoup à offrir à ceux qui prennent une retraite anticipée, de gré ou de force. Ils n'auront peut-être pas besoin d'un emploi rémunéré mais voudront sans doute continuer de travailler pendant un certain temps. Ces personnes peuvent apporter beaucoup au secteur bénévole, par leur propre travail ou encore à titre de mentors.

Le bénévolat et l'établissement de réseaux

Bien qu'aucun bénévole ne soit assuré de trouver un emploi rémunéré comme conséquence directe de ses activités de bénévolat, il n'en demeure pas moins que beaucoup décrochent un emploi rémunéré grâce aux contacts qu'ils ont créés dans le cadre de leurs activités non rémunérées. S'il est vrai que 80 p. 100 des emplois disponibles ne sont jamais annoncés, l'établissement de réseaux prend alors une grande importance dans la recherche d'un emploi.

Ceux qui ne connaissent pas bien le secteur bénévole ne sont peut-être pas conscients de l'importance des réseaux qui relient les organismes bénévoles les uns aux autres, ou aux gouvernements, au secteur privé et à l'ensemble de la population. Les bénévoles ont souvent l'occasion de rencontrer des représentants de toutes les strates de la société et de différents secteurs d'activité dans l'exercice de leurs fonctions, ou lors de réunions et de manifestations spéciales. Ils peuvent ainsi établir des liens avec des personnes qu'ils n'auraient autrement pas connues, élargir leur réseau de contacts et multiplier les sources possibles d'emplois rémunérés. C'est souvent en se fondant sur les services rendus à titre bénévole qu'un membre de l'organisme recommandera la candidature d'un travailleur à un poste rémunéré.


Le rôle et les responsabilités du secteur bénévole

Des exigences croissantes et complexes conjuguées à une insuffisance de ressources : c'est ce avec quoi doit composer plus que jamais le secteur bénévole. Son intervention au sein de collectivités et d'organismes communautaires est de plus en plus nécessaire.

Aussi, les nombreuses personnes désireuses de se livrer à des activités bénévoles dans le but d'améliorer leurs chances de décrocher un emploi rémunéré représentent-elles une ressource extrêmement précieuse. Avec une relative soudaineté jaillissent de toutes part des offres de services de personnes aux compétences et aux talents exceptionnels. Les organismes du secteur bénévole doivent soigner leurs rapports avec ces personnes, et ils doivent reconnaître le caractère particulier du bénévolat qui vise essentiellement la réintégration dans l'emploi ainsi que les besoins spéciaux de ceux qui le pratiquent.

Bureaux et centres de bénévolat

Les bureaux et centres locaux de bénévolat desservent deux groupes clients : les organismes souhaitant recruter des travailleurs bénévoles et les bénévoles en puissance. Le rôle des centres de bénévoles face à ce dernier groupe est double : les recruter et les orienter vers les organismes qui mettront leurs services, leurs compétences, leur expérience, etc., à profit, et cela, en tenant compte des motifs qui les animent et en leur confiant des tâches qui leur permettront de réaliser leurs objectifs personnels. En outre, les centres doivent les encourager à continuer de faire du bénévolat même après qu'ils se soient trouvé un emploi rémunéré.

Le rôle du centre de bénévoles doit consister à :

  • aider le bénévole à cerner les activités qui correspondent à ses compétences, à ses intérêts et au temps dont il dispose, et qui soient conciliables avec les motifs qui l'ont incité à se livrer au bénévolat;
  • orienter le bénévole vers un programme de bénévolat approprié, bien géré et bien structuré; ce programme doit comporter des activités clairement définies et offrir au bénévole la possibilité de travailler dans un secteur qu'il aura identifié et accepté;
  • veiller à ce que les bénévoles recommandés aux organismes répondent aux besoins et exigences de ceux-ci;
  • collaborer avec les organismes à la conception, structuration ou restructuration des placements, dans la mesure du possible, afin qu'ils puissent être confiés à des membres de ce nouveau groupe de bénévoles.

Les organismes qui recrutent des bénévoles

Les organismes qui recrutent des travailleurs bénévoles sont dans une situation délicate. Leur priorité consiste à répondre aux besoins de leurs clients. Leur programme de bénévolat, leurs politiques et leurs placements doivent être conçus de façon à atteindre cet objectif. C'est pour appuyer et poursuivre leur mission que les bénévoles sont recrutés.

Dans la pratique, cela signifie que les organismes doivent bien veiller à recruter des bénévoles qui répondront tout d'abord aux besoins des clients et qui ne les feront pas passer après leurs propres besoins.

Il peut être très tentant, devant l'éventail des compétences et connaissances spécialisées qu'offrent certains bénévoles, de créer des placements à leur mesure. On peut faire preuve d'ingéniosité pour structurer et réaménager des postes de façon à tirer profit de la situation et des compétences particulières d'un bénévole. Cependant, un organisme ne sert les intérêts de personne en créant un poste en fonction des compétences d'un bénévole, si le poste ne satisfait pas les besoins du client ni ne permet à l'organisme d'atteindre ses objectifs.

En outre, les centres et les organismes de bénévolat doivent reconnaître que la priorité de ces bénévoles est de se trouver un emploi rémunéré. Aussi, préfèrent-ils les placements à court terme, qui permettent une certaine souplesse et qui sont axés sur des fonctions ou des buts précis.

Ces placements doivent offrir au bénévole la possibilité d'acquérir l'expérience et la formation voulue, ainsi que de bénéficier de la rétroaction et des applications pratiques qu'il recherche. De même, ils doivent être conçus de façon que le fonctionnement de l'organisme ne soit pas compromis si le bénévole s'absente pour se présenter à des entrevues ou s'il accepte un emploi rémunéré. Les organismes doivent aussi faire un effort de compréhension envers ceux que le chômage et une recherche d'emploi difficile ont peut-être rendus très vulnérables, et être prêts à travailler avec eux.



Conclusion

Ceux qui proposent leurs services principalement pour accroître leurs chances de décrocher un emploi rémunéré peuvent se révéler d'une aide précieuse pour le secteur bénévole, leur collectivité et eux-mêmes. Ils mettent à contribution tout un éventail de compétences et de talents ainsi que diverses formes d'expérience, et ils peuvent eux-même tirer profit d'activités bénévoles pendant qu'ils aident autrui. Les centres de bénévoles et les organismes qui recrutent des travailleurs bénévoles doivent reconnaître et prendre en considération les avantages et les contraintes de leur situation, et collaborer avec eux afin de créer des placements qui bénéficieront à tous les intéressés.




Références

(1) Il importe de considérer cette définition avec circonspection. Même si les bénévoles ne reçoivent ni salaire ni rémunération, ils sont (ou devraient être) défrayés des dépenses personnelles qu'ils doivent engager dans l'exercice des fonctions liées au bénévolat. En outre, le fait que certaines personnes choisissent de s'adonner au bénévolat sans recevoir de rémunération ne signifie pas que les bénévoles n'ont aucune véritable responsabilité envers l'organisme, et vice et versa.

Aspects connexes

Bien que cette question ne fasse pas l'objet de la monographie, tout débat sur le rapport qui existe entre le bénévolat et l'emploi soulève la question du travail obligatoire, laquelle fait actuellement l'objet d'une controverse au Canada. L'une des difficultés réside dans le fait que la signification même du terme est litigieuse. Certains avancent que le bénévolat constitue du travail obligatoire, d'autres affirment qu'il en est autrement.

La notion de travail obligatoire s'inscrit normalement dans un système où les gens ne reçoivent des prestations d'aide sociale que s'il effectuent un travail donné. Se greffent à cette notion des systèmes qui prévoient un type d'incitatif, sous la forme d'une prime ou d'un supplément, pour ceux qui prennent part à des activités données.

Dans certains documents traitant du travail obligatoire ou de solutions semblables, on affirme souvent qu'on forcera les assistés sociaux à faire du travail communautaire bénévole. Le travail obligatoire, quelle qu'en soit la formule, recoupe la notion du travail bénévole et notre définition du bénévolat. En effet, le type de travail que l'on considère pertinent et accessible aux «participants» au travail obligatoire est normalement appelé «service communautaire», de loin la principale responsabilité du secteur bénévole. Par conséquent, les programmes de travail obligatoire devraient, par définition, faire intervenir les organismes et le personnel du secteur bénévole.

Ce travail ne serait pas rémunéré en ce sens qu'aucun salaire ne serait versé par l'organisme; toutefois, les prestations d'aide sociale (le salaire) pourraient y être rattachées. Peut-on vraiment alors parler de travail non rémunéré ?

Le second aspect est celui du choix. Si un bénévole est une personne qui choisit de participer à des activités de service communautaire, les «participants» au travail obligatoire, par définition, ne pourraient se prévaloir de ce choix. Pourrait-on alors les considérer comme des bénévoles ?

La motivation est un élément indéniablement fondamental du bénévolat. On peut alors se demander tout de suite quelle incidence le facteur motivation aura sur la nature, la durée et le succès des activités communautaires ? Ces expériences inciteront-elles les gens à choisir de devenir bénévoles ?

(2) La mauvaise habitude que nous avons de parler de bénévoles en des termes qui les opposent aux professionnels, par définition, fait qu'il est encore plus difficile d'accorder une véritable valeur à leur activité. Quoique cette opposition repose généralement sur des différences quant aux qualifications et à la formation, le fait d'utiliser les deux termes comme des contraires a pour effet de perpétuer le stéréotype voulant que les bénévoles sont, par définition, des «amateurs», bien intentionnés peut-être, mais moins compétents et moins responsables que les «professionnels» qui reçoivent une rémunération. En outre, de plus en plus de bénévoles sont, de fait, des «professionnels» qui offrent leurs services professionnels gracieusement aux organismes communautaires. Il y aurait peut-être lieu de s'exprimer en des termes moins tendancieux et plus génériques, et de parler plutôt de «personnel bénévole» et de «personnel rémunéré».

(3) Graff, Linda, L., Volunteer for the Health of It, Etobicoke (Ontario), Volunteer Ontario, Association des centres d'action bénévole de l'Ontario, 1991.

(4) Luks, Allan, «Helper's High», Psychology Today, octobre 1988, p. 39-42.

(5) Dossey, Larry, Meaning and Medicine, New York, Bantam Books, 1991, p. 171.

(6) Bolles, Richard, The Three Boxes of Life And How to Get Out of Them, Ten Speed Press, Berkeley, 1978, p. 147.

(7) Ibid., p. 146.

(8) Ibid., p. 146.

(9) Schram, Vicki R., «Job Skills Developed in Volunteer Work: Transferability to Salaried Employment», The Journal of Volunteer Administration, été 1985, p. 28-32.

(10) Ross, David P., «Le bénévolat, une activité rentable ?», Perception, Conseil canadien de développement social, vol. 14, no 4, p. 15-16.



Direction du Soutien aux organismes volontaires
Patrimoine canadien
Hull, Canada
K1A 0M5

© Sa Majesté la Reine
représentée par le
Ministre de l’Approvisionnement et des Services
1994
isbn 0-662-99958-4


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    Dernière révision : 1998/10/27
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